L’art, l’être et la quête de l’authenticité
Chapitre I

Cela fait maintenant cinq semaines que nous sommes sur les routes, que nous avons traversé le sud de la France, longé la côte méditerranéenne d’Espagne et que nous avons parcourue une partie de la côte atlantique marocaine. Ce n’est qu’un modeste début en vue du périple qui nous attend, mais nous entrevoyons d’ores et déjà que ce voyage nous réserva bien des enseignements – pour le meilleur et pour le pire.

De la Méditerranée à l'Atlantique, on suit l'océan à la trace

Certes, ce voyage, cette quête, doit nous mener sur les traces du bijou, ses matériaux et ses techniques. Mais il doit également nous mener sur les traces de nous-mêmes, pour nous enrichir et en conséquence notre travail, en nous confrontant à ce vaste monde qui recèle tant de mystères.

Ces derniers mois, nous nous sommes libérés de nombreuses contraintes. Moins de factures, moins de routine, du nouveau tous les jours ! En même temps, ce départ nous prive de nos repères. Il occupe notre esprit avec des considérations pratiques, comme planifier notre route, trouver des points de chute, s’adapter à d’autres manières de faire. Mais, contrairement aux préoccupations de notre vie précédente bien ordonnée, ce chaos prétendu qui règne autour de nous est une chance pour nous recentrer sur nous-mêmes. Nous pouvons enfin vivre le présent, sans impératifs, sans cette obsession de devoir constamment occuper notre temps.

Des feux de camp et de magnifiques couchers de soleil enchantent nos soirées

Mais parlons bijou ! Avant de quitter la France, nous avons rencontré Claude Chavent et Philip Sajet – deux bijoutiers hors pair dont le travail nous touche particulièrement.

Philip s’est avéré être un poète du bijou, avec une approche très philosophique. « Si on veut parler du bijou, il faut parler du monde » explique-t-il. Et nous voilà dans le sujet, car en latin (et ceux qui ont lu l’avant-propos de ce blog le saurons), « mundus » a plusieurs significations, dont monde et bijou.

« Je vois une situation qui me frappe et je me demande de suite, comment peut-on la traduire dans un bijou ? » Dans ce sens, Philip fixe dans ses bijoux le monde qui l’entoure. Et effectivement, dans les longs échanges que nous avons eu ensemble, on se perd parfois. Est-on en train de parler bijou, ou parle t’on du monde ?

L'étagère de Philip prend des allures d'autel, avec trois bagues cachées dans le décor

« Je suis artiste » affirme-t-il. Ainsi, il coupe court à l’éternel questionnement qui taraude certains bijoutiers, ne sachant où se placer parmi artisans, designers et artistes. « Ça ne veut pas dire que je suis un bon artiste, ça veut dire que je fais ce que j’ai envie de faire en étant moi-même. Maintenant, on peut se demander : qui suis-je ? Savoir qui on est réellement, c’est là le voyage de l’artiste. Et si Shakespeare me dit ‘to be or not to be’, je réponds ‘i am’ – en anglais moderne naissant ‘thou art’ »  : pour Philip, art et être vont de pair. Et c’est en faisant de l’art que nous plongeons au plus profond de nous-mêmes. Philip lui, a choisi de faire ce voyage à travers les bijoux, « parce qu’on peut concentrer beaucoup d’informations dans un aussi petit espace ».

C’est donc cette connexion très personnelle que l’on entretient avec le monde et que l’on modèle par la suite à travers le bijou (ou tout autre support artistique) qu’un chacun doit explorer afin de proposer un travail profondément touchant. 

Philip en rouge comme le rubis qu'il chérit particulièrement, et deux bagues en devenir

Cette notion de la quête de soi où l’on fait abstraction de l’autre, on la retrouve également chez Claude Chavent. « Ça peut paraître prétentieux, mais j’adore m’étonner moi-même avant éventuellement étonner quelqu’un d’autre. » nous confie-t-il.

Les bijoux sublimes de Claude nous interpellent par leur jeu d'illusion optique

Tout y est. Il faut tout d’abord répondre à ses propres exigences afin de trouver une expression authentique, avant même de penser à satisfaire une prétendue demande d’autrui. L’artiste en devenir cherche sans doute trop souvent l’approbation des galeristes, des porteurs, des spectateurs, des acheteurs, des collectionneurs. Car ne fait on pas aussi de l’art pour toucher l’autre ? Mais chercher à plaire est un exercice délicat, et plus d’un a dû faire face à un échec dès lors qu’il a perdu de vue son propre voyage vers l’authenticité.

Fort de cet enseignement, le premier chapitre de De Mundo se clôture. Mais d’autres enseignements ne tarderont pas à suivre, ici et sur les réseaux sociaux !

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